Plus un assistant IA agit à votre place, plus il veut en savoir sur vous. C’est le constat qui ressort de la dernière analyse de Surfshark, publiée le 28 septembre 2026. Muse, l’agent personnel que Meta a lancé en septembre aux États-Unis, déclare 31 des 35 catégories de données listées par l’App Store. Seul Meta AI, avec 33 catégories, fait davantage. Le groupe de Mark Zuckerberg s’offre ainsi un doublé dont il se serait sans doute passé.
Un agent, c’est un chatbot qui a les clés de la maison
Un chatbot classique répond à des questions. Un agent comme Muse exécute des tâches : réserver, envoyer, acheter, organiser. Meta explique qu’il s’appuie pour cela sur une machine virtuelle et un navigateur dédiés.
Pour agir, l’agent doit se brancher sur l’agenda, la messagerie, voire les outils financiers de l’utilisateur. C’est l’explication avancée par Surfshark : la promesse d’autonomie a un coût en données. La fiche App Store de Muse mentionne notamment la localisation précise, des informations financières et de santé, les contacts, les e-mails et l’historique de navigation.
Autre point relevé : par défaut, Meta se sert des échanges avec Muse pour entraîner ses modèles. L’utilisateur qui s’y oppose doit désactiver l’option lui-même dans les réglages.
De 3 à 33 catégories : le palmarès des assistants IA
L’écart entre les deux extrêmes va de un à onze. Pi, d’Inflection, se contente de trois catégories. Meta AI en réclame trente-trois. La moyenne des 13 applications étudiées s’établit à 14,5. Surfshark annonce 13 pour les 12 chatbots hors Muse.
| Application | Catégories collectées (sur 35) | Localisation | Données sensibles |
|---|---|---|---|
| Meta AI | 33 | Précise | Oui |
| Muse (Meta) | 31 | Précise | Oui |
| Google Gemini | 24 | Précise | Oui |
| ChatGPT | 17 | Approximative | Non |
| DeepSeek | 14 | Approximative | Non |
| Poe | 13 | Non | Non |
| Claude | 13 | Approximative | Non |
| Copilot | 12 | Approximative | Non |
| Perplexity | 10 | Précise | Non |
| Grok | 7 | Non | Non |
| Vibe (Mistral AI) | 6 | Non | Non |
| Duck.ai | 6 | Non | Non |
| Pi | 3 | Non | Non |
En six mois, peu de mouvements. Gemini et DeepSeek ajoutent l’audio à leur liste. ChatGPT reste à 17, mais ce chiffre représente déjà 70 % de plus que les 10 catégories relevées dans l’édition 2025.
Ce que le classement ne dit pas
Le score brut cache des différences importantes. Il s’appuie sur les déclarations que les éditeurs remplissent eux-mêmes sur l’App Store, pour les seules versions iOS. Et il met sur le même plan un rapport de plantage et une donnée de santé.
La sensibilité. Seuls Meta AI, Muse et Gemini déclarent des « informations sensibles » au sens d’Apple : origine ethnique, orientation sexuelle, opinions politiques ou religieuses, handicap, données génétiques ou biométriques.
La localisation. Perplexity, avec seulement 10 catégories, fait partie des quatre applications qui demandent une position précise. Copilot, à l’inverse, est redescendu à une localisation approximative.
Le pistage. Copilot est la seule application à déclarer des données utilisées pour croiser ses informations avec celles de tiers, le plus souvent à des fins publicitaires.
Le lien à l’identité. Duck.ai collecte six catégories, surtout des diagnostics et statistiques d’usage, sans jamais les rattacher à l’utilisateur.
L’usage. Une même donnée n’a pas la même finalité partout. ChatGPT et DeepSeek réservent l’audio au fonctionnement du service. Gemini, Meta AI et Muse s’autorisent aussi la personnalisation ou l’analyse.
Meta rassure, le public télécharge
Meta assure que les conversations avec Muse et les données stockées dans sa machine virtuelle ne sont pas transmises à ses systèmes publicitaires. Le groupe met aussi en avant des contrôles pour gérer les autorisations et suivre l’activité de l’agent. Reste un contexte difficile à ignorer : la publicité assure toujours l’essentiel de ses revenus.
Les critiques n’ont pas freiné l’adoption. Muse a dépassé les 3 millions de téléchargements en trois semaines et a détrôné ChatGPT en tête des applications gratuites de l’App Store américain. Meta décline déjà l’offre pour les petites entreprises avec Muse for Small Business, lancé le 29 septembre aux États-Unis et au Canada, avec des partenaires comme Klaviyo. Le même jour, OpenAI présentait ses « dots », des agents permanents reliés à plus de 4 000 applications.
Tous les services ne jouent pas le jeu. Amazon a fermé sa boutique à Muse en invoquant ses conditions d’utilisation. Quant aux Européens, ils n’ont pas encore accès à l’agent.
Avant de confier sa vie numérique à un agent
Quelques réflexes limitent l’exposition, quel que soit l’assistant choisi.
- Lire l’étiquette « Confidentialité de l’app » sur l’App Store avant d’installer. Elle détaille ce qui est lié à votre identité.
- Désactiver l’utilisation des conversations pour l’entraînement des modèles, une option présente chez la plupart des acteurs.
- N’accorder à un agent que les connexions nécessaires à la tâche, et les révoquer ensuite.
- Remplacer la localisation précise par une position approximative dans les réglages du téléphone.
- Garder les sujets médicaux, financiers ou intimes pour des outils dont la politique est claire sur leur usage.
Avec les agents, la donnée n’est plus seulement ce que l’on confie à un assistant en lui posant une question. C’est l’accès permanent qu’on lui ouvre pour qu’il agisse. Le succès de Muse montre que beaucoup d’utilisateurs acceptent cet échange sans hésiter. Reste à savoir s’ils le referont le jour où un agent se trompera avec leurs comptes, leurs paiements ou leurs messages.
Sources
- Surfshark — Meta Muse surpasses its competitors in data collection, 28 septembre 2026
- Surfshark — Meta AI, Google Gemini, and ChatGPT are top data collectors, 24 mars 2026
- Benzinga — Meta’s Muse Is a Smash Hit. But Is It Hoovering Up Your Personal Data?
- TechRadar — Meta Muse has already broken a record, 2 octobre 2026
- The Star — What to know about Meta Muse AI, data collection
- Blog du Modérateur — ChatGPT, Claude, Muse : quelle IA collecte le plus de données personnelles ?, 2 octobre 2026